C’était mieux avant ?

« Le temps présent et le temps passé sont peut-être présents tous deux dans le temps futur. »T. S. Eliot

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… » (Charles Aznavour… que les moins de vingt ans ne connaissent d’ailleurs peut-être même pas 😉.)

À vingt ans, on ne peut pas vraiment se demander si c’était mieux avant : nous n’avons tout simplement pas le recul nécessaire.

Mais il arrive un âge – je ne parle pas de vieillesse – où l’on commence à se poser cette question : est-ce que c’était mieux avant ?

Vous pourriez me répondre : « À quoi bon regarder en arrière ? » Ou me servir l’une de ces phrases toutes faites : « Ça ne sert à rien de vivre dans le passé », « Il faut aller de l’avant »…

Bien sûr qu’il faut aller de l’avant. D’ailleurs, avons-nous vraiment le choix ?

Mais regarder le passé n’est pas forcément vivre dans la nostalgie. C’est parfois faire la paix avec ce que l’on a vécu, accepter que notre histoire soit faite autant de blessures que de moments de bonheur. C’est comprendre pourquoi nous sommes devenus ceux que nous sommes. Et cette compréhension permet souvent d’aborder le présent avec davantage de sérénité.

Regarder le passé, c’est aussi apprendre. Comme un historien qui étudie une civilisation pour mieux comprendre son évolution, nous pouvons observer notre propre histoire afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Malheureusement, l’Histoire montre aussi que les leçons ne sont pas toujours retenues. L’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est étudiée dans les écoles du monde entier, pourtant la haine, les persécutions et les massacres existent encore aujourd’hui. Où est donc l’évolution ?

Revenir sur le passé permet également de comprendre un peuple, une culture ou une civilisation. Finalement, c’est le même exercice que celui que nous pouvons faire sur nous-mêmes, mais à une autre échelle.

Pour en revenir à la question de départ – avant que je ne m’égare complètement –, je ne crois pas qu’elle puisse recevoir une réponse aussi simple qu’un « oui » ou un « non ».

Oui, il y avait quelque chose de précieux dans une époque où les écrans n’occupaient pas chaque instant de nos journées, où les gens étaient davantage contraints d’échanger entre eux, de s’occuper autrement qu’en jouant à Candy Crush ou en faisant défiler des vidéos.

Mais ceux qui ont connu un monde sans télévision ont probablement dit la même chose à son arrivée : c’était mieux avant, lorsque les soirées se passaient à discuter autour d’un feu de cheminée, que l’on se couchait plus tôt et que l’on vivait davantage au rythme du soleil.

Chaque génération a l’impression d’avoir perdu quelque chose avec l’arrivée de la suivante.

Alors peut-être que la vraie question n’est pas de savoir si c’était mieux avant, mais plutôt de se demander ce que nous voulons conserver.

Car il faut accepter les évolutions. Elles font partie de la vie. En revanche, rien ne nous oblige à tout accepter sans discernement.

Nous sommes bien contents, par exemple, d’avoir un téléphone portable dans notre poche. On entend souvent : « On s’en passait très bien avant ! » Certes… mais qui souhaiterait réellement renoncer à pouvoir appeler un proche en cas d’urgence, utiliser un GPS lorsqu’il est perdu ou accéder instantanément à une information utile ?

En revanche, pourquoi ne pas conserver uniquement le meilleur de ces technologies ? Ce qui est utile, nécessaire et pratique. Et apprendre à nous éloigner du superflu – notion certes très subjective – comme le scrolling* (j’ai découvert ce mot il n’y a pas longtemps 🤣🤣) infini ou certains jeux conçus pour devenir rapidement addictifs.

Au fond, c’était peut-être mieux sur certains points. C’est certainement mieux aujourd’hui sur d’autres.

L’important n’est peut-être pas de choisir entre hier et aujourd’hui, mais de garder le meilleur des deux.

En fin de compte, l’intelligence de l’homme ne devrait-elle pas être de savoir conserver le meilleur de ce que nous avions et de ce que nous avons, afin de construire un « nous aurons » meilleur ?


« On embellit toujours ce que l’on a perdu. »
François René de Chateaubriand 

*Le scrolling consiste à faire défiler continuellement des contenus sur un écran, souvent de manière presque inconsciente. Il est pensé pour capter notre attention le plus longtemps possible, car, aujourd’hui, notre temps est devenu une véritable monnaie d’échange.

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