J’ai lu ce livre sur ma liseuse, sur les conseils de mon frère qui me l’a fortement recommandé. Il se lit extrêmement rapidement même s’il est nécessaire de s’y attarder pour prendre la mesure des mots et de toutes les nuances de ce témoignage.
Qui est Annouck GRINBERG ?
Anouk Grinberg est une actrice et autrice française.
Elle est connue pour sa carrière au cinéma et au théâtre, avec un parcours marqué par des collaborations avec plusieurs grands réalisateurs du cinéma français (notamment dans les années 1990 et 2000). Elle a également joué sur scène et participé à de nombreux projets artistiques plus confidentiels ou expérimentaux, étant elle même dessinatrice.
Autobiographie ?
Le roman Respect d’Annouck Grinberg n’est pas à proprement parler une autobiographie. Certes, l’auteure y évoque son propre vécu, mais elle prête surtout sa voix à des milliers de femmes victimes d’abus sexuels, ces femmes qui continuent de vivre tout en portant une profonde souffrance intérieure.
« J’ai écrit pour comprendre les mécanismes de domination et de soumission, comprendre la danse morbide qu’ils forment ensemble, et échapper enfin à leur intime collaboration. Ce n’est pas un livre de souvenirs, même si j’ai raconté des bouts de ma vie. J’ai parlé de moi, de ma famille, de gens du spectacle, mais ce n’est pas ma personne le sujet. C’est nous. Je tourne autour de questions qui sont la racine du malheur entre les hommes et les femmes. J’ai cherché à comprendre, à partir de mon expérience, comment je suis devenue un objet, comment la soumission s’est installée en moi dès l’enfance, comment des hommes et des femmes ont senti ces failles… »
Victime ?
À la lecture, on peine parfois à imaginer qu’une seule personne ait pu traverser autant d’épreuves. Pourtant, comme elle l’explique elle-même, il ne s’agit pas de se définir comme victime, mais de montrer comment la violence engendre souvent d’autres blessures.
« Contrairement à ce que j’ai pu lire venant d’une vedette, personne n’a « envie d’être victime », c’est révoltant de dire des choses pareilles. On aimerait que les plus abîmées osent percer le silence, car dire la vérité est une victoire sur la mort et une main tendue vers les autres. On aimerait que chacun et chacune prenne sa part du vieux monde à déconstruire, on ne sera jamais de trop pour nous libérer d’un système mortifère auquel nous avons toutes et tous participé.»
Le déroulement de « Respect »
Le récit est chronologique, en commençant par la présentation de ses parents, de sa famille, puis de son enfance, adolescence et de sa vie d’adulte, avec un très bon passage sur sa vie avec Bertrand Blier (9 ans de vie commune et un enfant). Ensuite, elle parle davantage de sa reconstruction qui passent notamment par ses différents rôles au théâtre et au cinéma mais aussi par la stabilité trouvée dans son couple.

Une véritable réflexion
Ce roman amène à une véritable réflexion. Il aborde avec justesse des thèmes universels comme l’équilibre au sein de la fratrie et de la famille, la difficulté d’apprendre à s’aimer soi-même pour pouvoir ensuite aimer et être aimé, ainsi que l’importance essentielle du respect.
Mais surtout, elle essaie de transmettre à tous et à chacun ce que peut ressentir une personne ayant subie un viol ou un inceste.
Un récit poignant, qui invite à s’interroger sur les blessures invisibles et sur la reconstruction.
Une omerta
Annouck Grinberg précise qu’elle a finalement plus souffert (à prendre avec des pincettes) de l’omerta qui entoure ces violences que des violences elles mêmes car elle est un vrai frein à la potentielle reconstruction. Le mot « omerta » est cité à de nombreuses reprises dans ces pages et il est important d’en rappeler la définition : « Loi du silence sur les faits illégaux, en vigueur dans les milieux mafieux ».
À lire !
Je ne peux que vous recommander de le lire, alors que nous entendons régulièrement des témoignages de victimes de violences sexuelles dans ce milieu fermé qu’est le cinéma ou plus globalement le show-business (Patrick Bruel récemment, Depardieu, PPDA…). Cela dit, ce sont d’eux dont on entends parler mais ce sexisme, ces violences existent dans tous les milieux, partout dans le monde.
Pour lire le livre :
«J’étais le genre de personne qui aurait traversé l’océan pour quelqu’un qui n’aurait pas traversé la rue pour moi. Je me suis excusée même si je n’avais rien fait de mal. Je croyais naïvement que tout le monde avait le même cœur que moi. » Jodie Foster











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